1. Commençons par la base : qu’est-ce que l’IA, à quoi ressemble l’écosystème et qui sont les principaux acteurs?
De façon générale, le terme IA désigne habituellement un ordinateur qui construit un système ou qui résout un problème qui nécessite normalement l’intelligence humaine.
Je pense que le secteur se décompose en infrastructures – bâtiments, électricité et puces – où les chefs de file sont des sociétés comme NVIDIA et Broadcom, du côté des semi-conducteurs, et Celestica et Arista Networks, du côté des réseaux.
Ensuite, il y a les catalyseurs. Il s’agit notamment des grands modèles de langage fondamentaux, comme ChatGPT d’Open AI et Claude d’Anthropic, ainsi que des fournisseurs infonuagiques, qu’on appelle les sociétés à très grande échelle, comme Google, Microsoft et Amazon, qui construisent leurs propres modèles et en hébergent d’autres dans leur infrastructure infonuagique.
Ensuite, il y a les applications qui reposent sur cette technologie, y compris les copilotes de codage, la production d’images et de vidéos et les logiciels de sociétés comme Adobe qui intègrent cette technologie à leurs produits. Enfin, il y a les bénéficiaires, comme les fournisseurs de soins de santé, les banques et les institutions financières, qui utilisent l’IA pour améliorer l’efficacité.
Ce qui est intéressant et différent dans tout cela, c’est que les sociétés à très grande échelle ont commencé à s’étaler avec des capacités et des produits qui couvrent l’écosystème.
2. Quelle a été la plus grande évolution en matière d’IA au cours des dernières années?
Je pense que la plus grande évolution depuis le lancement de ChatGPT est survenue l’an dernier, lorsqu’Open AI a lancé ce qu’on appelle maintenant un modèle de raisonnement – un modèle qui non seulement répond aux questions, mais qui critique et affine ses propres réponses. Les modèles initiaux ne faisaient que simuler la réponse la plus probable à une question donnée. Mais ils étaient faciles à confondre et ils ont fait beaucoup d’erreurs. Les nouveaux modèles nécessitent une puissance de calcul grandement supérieure et prennent plus de temps à réfléchir, mais ils produisent de bien meilleurs résultats. Il s’agit donc d’un véritable changement de fonction par étapes, et l’utilisation globale de ces systèmes a augmenté de façon exponentielle.
3. Quelles sont les utilisations émergentes de l’IA que vous entrevoyez et qui ne sont pas encore largement attendues?
Le grand déblocage que je prévois est l’IA agentique qui peut faire du travail pour vous. Imaginez que ChatGPT ait accès à Excel, Word, Outlook, FactSet, Bloomberg et Internet pour pouvoir réaliser des projets pour vous. Il est tôt pour dire que cela fonctionnera en 2026, mais si ces modèles peuvent commencer à utiliser d’autres logiciels pour atteindre leurs objectifs, il y a un grand potentiel de croissance importante des cas d’utilisation des modèles.
La préparation de toutes les données pour l’IA exige beaucoup de main-d’œuvre, mais le fait de la laisser interagir directement avec les ordinateurs signifie qu’elle peut apprendre, épurer l’information et l’analyser beaucoup plus efficacement. Nous ne l’avons pas encore observé à grande échelle, mais je crois que cela rendra l’IA beaucoup plus utile pour les entreprises et les consommateurs. À la maison, il peut s’agir simplement de laisser l’IA prendre le contrôle de votre navigateur pour réserver vos vacances, et non seulement les planifier.
4. Dans ce contexte, sommes-nous dans une bulle boursière de l’IA?
La plupart des dépenses en IA aujourd’hui témoignent d’un rendement positif et mesurable du capital investi dans les infrastructures et l’infonuagique, et elles répondent à une forte demande. L’infrastructure en cours de construction produit des rendements intéressants au moyen d’hypothèses raisonnables, et l’IA a déjà une incidence sur la publicité, le divertissement et la productivité des entreprises de façon viable sur le plan commercial.
Comme pour tout changement technologique, il y a toujours des zones que nous pourrions appeler des bulles, peut-être grandes, peut-être petites ou à des endroits précis. Nous avons vu une bulle se gonfler en 2021, puis se dégonfler en 2022, mais dans l’ensemble, le contexte actuel n’est pas comme celui de la bulle technologique. Donc, même s’il y a des poches d’engouement et de surexcitation, surtout sur les marchés privés, où une partie du financement pourrait se faire sans que l’on comprenne bien les risques, je crois qu’il existe encore d’excellentes occasions de placement dans l’IA, à condition que la technologie continue d’évoluer et de produire une valeur réelle.
5. Comment définissez-vous un « gagnant » de l’IA en ces premiers jours, et qui mène?
Pour gagner dans le secteur de la technologie, vous voulez rivaliser sur un autre plan que le prix. Lorsque vous rivalisez sur le plan des prix, vos rendements sont limités; les véritables gagnants construisent des monopoles ou des quasi-monopoles naturels, avec un droit clair de gagner et un avantage concurrentiel.
Dans l’IA, je regarde ce que chaque société apporte. Google offre le service le moins coûteux grâce à du matériel personnalisé, beaucoup de données dans des domaines importants et une distribution incroyable par l’intermédiaire de ses applications et de son matériel. Meta applique la technologie publicitaire où les rendements sont parmi les plus élevés à l’échelle mondiale. OpenAI a acquis une très grande popularité grâce à ChatGPT, il reste toutefois à déterminer si la progression de Gemini aura une incidence sur cela. Anthropic a fait un travail incroyable avec les problèmes d’ingénierie, beaucoup de production de codes ayant lieu directement sur Claude et sous-tendant d’autres fournisseurs, ce qui pourrait lui conférer un avantage naturel.
Toutefois, certaines sociétés qui semblent être des chefs de file aujourd’hui pourraient aussi finir par être dans l’ombre. Je parle des sociétés dites néoinfonuagiques qui louent des processeurs graphiques à des sociétés à très grande échelle à des prix exagérés en raison de la pénurie actuelle. Ces sociétés pourraient faire face à des difficultés économiques lorsque l’offre comblera les lacunes.
Par ailleurs, les sociétés à très grande échelle ont un avantage durable, soit la capacité de redéployer des capitaux et de poursuivre leur croissance.
L’avantage de la technologie : profiter des économies d’échelle
Marges des flux de trésorerie disponibles sur une période mobile de quatre trimestres (31 janvier 1990 – 31 mai 2025)