Remarques : Ce graphique montre la variation de la taille totale des différents cycles d’investissements en pourcentage du PIB réel. Les points de départ des périodes sont les suivants : T1 1850 pour les chemins de fer, T1 1946 pour la fabrication automobile qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, T1 1980 pour le pétrole et le gaz, T2 1995 pour les télécommunications et T3 2022 pour l’IA.
Sources : Calculs de Vanguard, d’après les données du U.S. Bureau of Economic Analysis, au 30 avril 2026. Les données ferroviaires proviennent de Rui M. Pereira, William J. Hausman et Alfredo Marvão Pereira, Railroads and Economic Growth in the Antebellum United States, The College of William & Mary, 2014, disponibles à l’adresse economics.wm.edu/wp/cwm_wp153.pdf.
Les États-Unis se situent toujours dans la phase initiale à intermédiaire de ce cycle d’investissement axé sur l’IA, et la forte activité d’investissement devrait se maintenir pendant encore un ou deux ans. Les grandes sociétés technologiques semblent bien placées pour soutenir les dépenses en infrastructures, et l’adoption des entreprises est en hausse. Cela vient étayer notre opinion selon laquelle la vigueur économique des ÉtatsUnis s’avérera plus durable que ne le prévoient bon nombre d’observateurs.
Toutefois, l’ampleur des investissements dans l’IA crée des pressions inflationnistes à court terme, exacerbées par la hausse des prix du pétrole. Les dépenses liées à l’IA contribuent à l’inflation de base, car la demande de semi-conducteurs, d’infrastructures de données et d’énergie augmente. De telles pressions ne sont pas rares pendant les périodes d’intensification rapide de l’utilisation du capital.
Croissance à court terme et productivité à long terme
La transformation prendra du temps. En 2026, nous prévoyons une croissance du PIB des États-Unis d’environ 2,3 %. Bien que plus modeste que nos prévisions pour 2027, ce gain serait soutenu par les investissements dans l’IA et la politique budgétaire. Le marché du travail, qui a connu un ralentissement en 2025, se stabilise, le taux de chômage devant probablement se maintenir autour de 4,5 % jusqu’en 2027.
La transition des investissements vers des gains de productivité généralisés prendra quelques années. À long terme, nous nous attendons à ce que l’IA stimule considérablement la productivité des travailleurs, ce qui réduira les coûts de production et de main-d’œuvre unitaires dans l’ensemble des secteurs. Cette hausse de la productivité devrait également contribuer à réduire l’inflation au fil du temps vers la cible de 2 % de la Réserve fédérale.
Le cycle d’investissement dans l’IA profite également à certaines régions de l’Asie. Les exportations se sont raffermies, notamment en Chine, où l’activité liée à l’IA et la transition verte stimulent la demande extérieure. Malgré des difficultés structurelles à l’échelle nationale, nous nous attendons à ce que la croissance du PIB de la Chine se rapproche de 5 % plutôt que de 4 % en 2026 et en 2027.
Le choc pétrolier a généré une pression baissière asymétrique sur l’activité
Le choc pétrolier provoqué par le conflit au Moyen-Orient a fait grimper parfois les prix du pétrole brut de référence au-dessus de 100 $ le baril et a contribué aux divergences des perspectives économiques à l’échelle mondiale. Plus récemment, les progrès vers un éventuel accord de paix ont contribué à un repli important, bien que les prix du pétrole brut demeurent supérieurs d’environ 10 $ le baril aux niveaux d’avant le conflit. Notre analyse donne à penser que les prix devraient dépasser 150 $ pour une période de quatre trimestres ou plus pour déclencher une récession mondiale. À court terme, toutefois, ce choc a créé des difficultés pour les pays importateurs d’énergie et les économies moins exposées aux retombées positives de l’IA, tout en perturbant les chaînes d’approvisionnement mondiales.
La zone euro est particulièrement exposée aux prix du pétrole. La hausse des coûts d’importation de l’énergie a pesé sur la croissance et s’est rapidement répercutée sur les prix à la consommation. Toutefois, l’ampleur des effets de deuxième ordre devrait être faible (et inférieure à celle du choc de 2022 provoqué par la guerre en Ukraine). Cela s’explique par le fait que la région est confrontée à ce choc en raison de sa position relativement solide, l’inflation globale se rapprochant de la cible de 2 % établie par la Banque centrale européenne (BCE). L’Europe est à la traîne des États-Unis en ce qui a trait aux investissements dans l’IA et se situe principalement à l’extérieur de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA, ce qui limite les mesures de compensation de la croissance qui pourraient autrement atténuer le choc.
L’inflation globale à l’échelle mondiale a augmenté parallèlement aux prix de l’énergie, mais les répercussions de l’inflation de base demeurent limitées. Les attentes d’inflation à long terme qui demeurent ancrées et l’anticipation du dénouement du choc contribuent à contenir les pressions plus larges sur les prix. Néanmoins, l’Europe demeure plus exposée en raison de sa dépendance à l’énergie importée.
L’inflation exerce des pressions sur la politique monétaire
La probabilité que la Réserve fédérale américaine relève sa cible de taux directeur a augmenté en raison des pressions persistantes sur les prix et de la forte croissance économique dans un contexte de marché de l’emploi stable.
La Banque du Japon poursuit la normalisation graduelle de sa politique monétaire. Les pressions inflationnistes soutenues, la solide croissance des salaires et la dépréciation du yen soutiennent les attentes de nouvelles hausses de taux en 2026 et en 2027, un changement notable après des décennies de déflation.
La BCE et la Banque d’Angleterre devraient procéder à des ajustements « préventifs » limités afin d’empêcher que l’inflation liée aux prix de l’énergie ne s’installe durablement. Ces mouvements seraient alors probablement inversés à mesure que les pressions énergétiques s’estomperaient.
Tension entre les forces transformatrices et cycliques
En somme, les perspectives mondiales reflètent les tensions entre les forces transformatrices et cycliques. L’IA jette les bases d’une période de croissance structurellement plus forte, en particulier aux États-Unis, tandis que le choc pétrolier crée des pressions inflationnistes à court terme et des divergences régionales dans les perspectives économiques. Bien que les marchés puissent connaître une volatilité dans un contexte de valorisations élevées, la trajectoire à long terme laisse entrevoir des gains de productivité plus généraux, car l’adoption de l’IA se propage à l’échelle des secteurs et des régions.
Nos perspectives économiques pour le Canada
Les données récentes donnent à penser que le Canada est entré dans une récession technique peu prononcée, le PIB ayant reculé à un rythme annualisé de 1 % au quatrième trimestre de 2025 et de 0,1 % au premier trimestre de 2026. Malgré tout, la faiblesse semble moins alarmante que ne le laissent croire les manchettes. La production a été faussée par des facteurs temporaires, dont la flambée des importations d’or et les fermetures saisonnières d’usines qui ont pesé sur les exportations d’automobiles, tandis que la demande intérieure finale a fait preuve de résilience.
L’incertitude entourant la politique commerciale aux États-Unis et le sort de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) continue de restreindre la confiance des entreprises et de retarder les investissements non résidentiels; bien que les prix élevés du pétrole devraient compenser en partie par l’amélioration des volumes d’échanges commerciaux d’un important exportateur d’énergie.
Les effets positifs liés au pétrole devraient contribuer à un léger rebond de l’activité économique jusqu’au milieu de l’année 2026, même si la hausse des coûts énergétiques pèse sur les dépenses des ménages et incite les entreprises non énergétiques à la prudence. Compte tenu d’une situation de départ moins favorable, nous avons revu à la baisse nos prévisions de PIB pour 2026 à 1,5 %, avec une amélioration modeste à 1,6 % en 2027.
Le marché du travail est resté globalement peu encourageant, le taux de chômage oscillant cette année entre environ 6,5 % et 7 % et ne montrant guère de tendance soutenue dans un sens ou dans l’autre. La baisse observée récemment a principalement touché les travailleurs plus jeunes et ayant moins d’ancienneté, une composition qui contribue à atténuer l’impact immédiat sur la consommation globale. Néanmoins, la baisse des embauches, la baisse des prix des maisons et les coûts élevés de l’énergie pourraient graduellement encourager des mesures de précaution supplémentaires et peser sur les dépenses de consommation.
En revanche, l’inflation a généralement évolué dans une direction plus favorable. Les pressions sur les prix de base ont continué de s’atténuer, ce qui donne à la Banque du Canada une marge de manœuvre pour examiner ce qu’elle considère comme des chocs énergétiques dictés par l’offre, du moins tant que les attentes d’inflation demeurent ancrées. Par conséquent, nous nous attendons à ce que la politique demeure inchangée jusqu’à la fin de 2027.
Prévisions économiques de Vanguard pour 2026 et 2027